Critère 4.1 : Productivité des espèces ou groupes trophiques

L’indicateur 4.1.1 est le seul établi par la C.E. pour le critère 4.1 : "Productivité (production par unité de biomasse) des espèces ou groupes trophiques". Il correspond à la "Performance des espèces prédatrices clés, sur la base de leur production par unité de biomasse (productivité)". Selon le texte de la décision, « Les processus prédateur-proie dominants reflètent la viabilité à long-terme des composantes dans le niveau trophique où ils se trouvent ».

Colonie phoques gris

Colonie de phoques gris (Halichoerus grypus) en Manche. © Mathilde Huon - Université de La Rochelle.

Ce choix de critère/indicateur est-il scientifiquement pertinent ?

  • L’indicateur 4.1.1 repose sur l’hypothèse que l’état de santé des prédateurs clés peut être reflété majoritairement par la dynamique de leurs proies. Cette relation existe dans des écosystèmes oligotrophes (p. ex. région écossaise de la Mer du Nord) , où une diversité réduite implique des liens proies-prédateurs forts. Mais dans la plupart des cas comme en ZEE française, les métriques utilisées comme proxies de la performance des prédateurs clés (p. ex. productivité, taux de reproduction, taille de la population) sont en grande partie influencées par plusieurs autres facteurs externes aux réseaux trophiques (variabilité naturelle, maladies, mesures de gestion, etc.) et ne peuvent donc pas être utilisés seules pour calculer un indicateur robuste du BEE des réseaux trophiques.
  • La performance des espèces prédatrices clés est un indicateur qui mesure un flux d’énergie de façon très indirecte, ce qui rend l’interprétation de cet indicateur difficile pour évaluer le fonctionnement des réseaux trophiques.
  • Le choix des espèces à considérer pour calculer des métriques robustes dépendra de leur abondance (qui doit être représentative des eaux françaises) et de la facilité à obtenir les données.
  • L’indicateur 4.1.1 est pour l’instant le seul représentant du critère 4.1 à travers la productivité des top prédateurs. Or, ce critère a vocation à intégrer dans le BEE la notion de productivité dans l’ensemble des réseaux trophiques. Les autres niveaux trophiques devrons donc y être représentés.

Quelles recommandations peut-on faire pour rendre ce critère/indicateur plus pertinent ?

  • En France, l’état des connaissances est limité en ce qui concerne la stratégie alimentaire des espèces prédatrices clés comme les cétacés ou les oiseaux marins, ainsi que la dynamique des relations proies-prédateurs au niveau spécifique. Des études à grande échelle de ces phénomènes doivent être envisagées afin que cet indicateur puisse être testé.
  • Cet indicateur peut être amélioré en y intégrant des métriques complémentaires qui informent directement sur l’état de stress nutritionnel des populations, dont voici quelques exemples :
    • L’accessibilité aux proies, qui dépendra de leur abondance et de leur distribution (horizontale et verticale) dans le milieu.
    • La condition individuelle des prédateurs, analysée à partir des biopsies et des individus échoués.
  • Le critère 4.1 doit être complété en intégrant la productivité des niveaux trophiques inférieurs aux top prédateurs, qui ont un rôle déterminant dans les réseaux trophiques, en particulier les producteurs primaires. Certaines propositions sont déjà avancées.

Quelles sont les conditions à réunir pour rendre ce critère/indicateur applicable dans la ZEE française ?

L’applicabilité de cet indicateur impose 3 conditions :

  • La population de prédateurs considérée doit être représentative en termes d’abondance et de répartition de la zone considérée (Boyd et al. 2006).
  • Il doit exister un lien fort entre prédateurs et proies, donc il sera préférable de sélectionner des prédateurs avec un mode d’alimentation spécialiste.
  • La dynamique des prédateurs ne doit pas être fortement influencée par d’autres pressions externes aux réseaux trophiques (p. ex. la variabilité environnementale, la perte d’habitat et de la disponibilité des sites de reproduction, les captures accidentelles ou l’occurrence d’épidémies). Le cas échéant, une diminution de la performance des prédateurs ne reflétera pas la disponibilité de leurs proies mais plutôt l’impact des autres pressions exercées sur les prédateurs.

La Mouette tridactyle et le Phoque gris font partie des espèces sur lesquelles se basent l’indicateur EcoQO OSPAR qui a inspiré l’indicateur DCSMM 4.1.1. Testé et validé pour l’écosystème Mer du Nord, sera-t-il possible de l’adapter à nos écosystèmes ?

Phoques balises

Les phoques veau marin (à gauche) et les phoques gris (à droite) se déplacent sur des distances pouvant parfois couvrir plusieurs sous-régions marines. Leur zone d’alimentation peut être étudiée grâce à la pose de balises GPS. © Cécile Vincent - Université de La Rochelle

Bibliographie

  • Cury, P. M., I. L. Boyd, S. Bonhommeau, T. Anker-Nilssen, R. J. M. Crawford, R. W. Furness, J. A. Mills, E. J. Murphy, H. Osterblom, M. Paleczny, J. F. Piatt, J. P. Roux, L. Shannon & W. J. Sydeman, 2011. Global seabird response to forage fish depletion : one-third for the birds. Science 334(6063):1703-1706 doi :10.1126/science.1212928.

Pour aller plus loin

Pour obtenir plus de détails sur cette analyse, merci de vous référer au rapport sur le BEE du D4.

L’analyse de cet indicateur est en constante évolution. Tout avis complémentaire sur le sujet sera le bienvenu, en particulier s’il répond aux questions suivantes :

  • Existe-t-il des espèces prédatrices qui pourraient valider les 3 conditions citées ci-dessus dans une ou plusieurs des 4 sous-régions marines françaises ?
  • Le cas échéant, existe-t-il des espèces pour lesquelles un lien entre le succès reproducteur et la disponibilité de leur proie a été mis en évidence dans ces mêmes zones ?

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